La différence d’accès à la propriété en faveur des hommes, et ce au-delà des différences de classe, ainsi que (là où existe le travail salarié, dans les sociétés industrialisées et en voie de développement) les salaires inégaux et l’inégal accès au travail, en particulier à des emplois plus qualifiés et mieux rémunérés, constituent autant d’éléments matériels bien connus qui continuent à forger la dépendance des femmes aux hommes, y compris sur le plan individuel, et, partant, à instituer l’échange économico-sexuel comme forme générale des rapports entre les sexes.
Dans les sociétés stratifiées, donc, le service sexuel en soi, séparé des autres aspects de travail et de reproduction propres aux relations matrimoniales, peut devenir le moyen direct de subsistance pour les femmes qui le fournissent, et ce fait marque une rupture qu’il faut souligner. L’échange économico-sexuel apparaît là sous une forme nue et devient objet de négociation toujours plus explicite en chacun de ses termes (rémunération, modalités de la prestations et de la négociation, durée du service). Le service sexuel est proposé et géré directement par les femmes qui le fournissent – donc les femmes ont une position de partenaires ou sujets de l’échange – ou bien, dans les systèmes d’exploitation privés ou étatiques, il est géré et réglé par d’autres – les femmes n’y sont que les objets de l’échange – dans un éventail de rapports de travail non indépendant qui peuvent aller jusqu’aux formes de travail sexuel forcé, où le travail sexuel des femmes est exploité dans des rapports que l’on peut qualifier d’esclavage.
Il faut rappeler que ces deux modalités d’échange sont différentes et peuvent avoir un poids social très variable, et qu’il serait tout à fait incorrect d’identifier d’emblée toutes ces formes d’échange à la prostitution. Bref, la démarcation se situe d’une part entre l’échange direct entre l’homme et la femme, échange dans lequel, quelque soit le pouvoir de décision et de négociation de chacun des partenaires (et nous verrons l’ampleur des variations), la transaction s’effectue entre les deux partenaires, acteurs du rapport; et d’autre part l’échange dans lequel l’homme qui aura accès à la femme de façon durable ou pour des actes sexuels singuliers fournit un don ou un paiement à qui détient des droits sur la personne de la femme.

Paola TABET, La grande arnaque : Sexualité des femmes et échange économico-sexuel. L’Harmattan, 2004, p. 69-71

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