On ne peut pas rejeter la responsabilité sur ces filles. Au contraire, la faute revient à toute la société, à notre manque d’incompréhension, à notre incapacité à reconnaître certains faits de la vie, et surtout, à ces moralistes criminels qui condamnent ces jeunes filles pour toujours, parce qu’elles se sont écartées de « la voie de la vertu », en d’autres mots, parce que leur première expérience sexuelle s’est faite sans le consentement de l’Église.
Elles se sentent complètement exclues car on les bannit de leur maison et de la société. Leur éducation et les traditions sont telles qu’elles se jugent dépravées et perdues et n’ont par conséquent aucune chance, aucun moyen de se sortir de la misère dans laquelle elles s’enfoncent. De cette manière, la société en fait des victimes dont elle essaie ensuite vainement de se débarrasser. Même l’homme le plus vil, le plus dépravé et le plus décrépit s’estime trop bien pour prendre pour femme celle qu’il consent pourtant à acheter, ne serait-ce que pour l’arracher à une vie horrible. Ces femmes ne peuvent pas non plus demander de l’aide à leurs égales – les femmes mariées – qui sont trop stupides, se considèrent trop pures et chastes et ignorent que leur propre situation est, à bien des égards, encore plus pitoyable que celle de leurs consœurs de la rue.

Emma GOLDMAN, Trafic de femmes, 1910 (à lire en intégralité ici pour la version française et ici pour la version originale)

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