« Le discours qui sous-tend ces rapports est assurément moralisateur. Bien que Ghénia Avril de Sainte- Croix ait insisté sur le fait que « le relèvement des prostituées n’est nullement semblable au relèvement des prisonniers de droit commun » 70, les rapports faisaient fréquemment référence à la « libération » des femmes de leurs maisons closes. La Commission fut néanmoins surprise de constater que
« dans tous les pays où les maisons de tolérance ont été supprimées, une faible proportion seulement des femmes sorties de ces maisons se montrèrent désireuses de profiter des facilités qui leur étaient offertes par les autorités ou par des organisations privées ; la plupart d’entre elles paraissent avoir préféré continuer de mener le même genre de vie soit comme filles soumises, soit comme insoumises. Il est dit dans l’une des réponses que l’attitude la plus fréquente rencontrée parmi les femmes consistait en une “hostilité passive à toute ingérence officielle” » 71.
Le refus de saisis l’occasion d’un relèvement n’était pas interprété en termes de libre-arbitre mais plutôt de soumission à des proxénètes, de paresse ou de compor- tement anormal. Cette logique explique la structure adoptée pour la troisième partie de l’enquête, qui rassembla des informations sur plus de 2300 prostituées issues de dix-neuf pays différents. Hormis les statistiques relatives à l’âge, à l’état civil, au niveau scolaire, au milieu social, aux emplois occupés avant la prostitution, aux condamnations pour des délits liés à la prostitution et aux aides sociales reçues après ces condamnations, la Commission réclama aux gouvernements et aux organisations sociales de nouvelles informations sur la santé mentale des prostituées.
Sur ce point également, la Commission refusa d’accepter les résultats de sa pro- pre enquête. Elle nota que la plupart des réponses données suggéraient que de nom- breuses femmes étaient d’intelligence égale, voire supérieure, à la moyenne, mais préféra se fonder sur les résultats des recherches du docteur Tage Kemp, directeur de l’Institut de génétique humaine et d’eugénisme de l’Université de Copenhague.” Dans son « Étude analytique des causes de la prostitution portant spécialement sur les facteurs héréditaires », à partir des cas de quelque 300 prostituées danoises, Tage Kemp conclut que « 80 % des prostituées examinées étaient des arriérées, des faibles d’esprit ou des imbéciles » 72

Magaly RODRIGUEZ GARCIA, “La société des nations face à la traite des femmes et au travail sexuel à l’échelle mondiale”, in Le Mouvement Social, 2012/4 (n° 241)

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