Les catégories de domestiques et de prostituées sont socialement construites, souvent implicitement, en tant que « races » et, par conséquent, exposées à des exclusions et à des violences à caractère racial. Nous renvoyons ici aux processus d’exploitation et de « racialisation » en tant que pratiques concrètes et représentations, qui, comme l’écrit Maurice Godelier (1984 : 198) pour la Grèce ancienne, « attachent une valeur positive ou négative à un individu ou à un groupe selon la tâche (matérielle ou symbo- lique) qu’il accomplit et lui confère un statut dans une hiérarchie sociale ». Les groupes ainsi circonscrits et « racialisés » ou « ethnicisés » ne constituent toutefois pas des groupes objectivement distincts : domestiques et employeurs partagent parfois la même origine ethnique, cependant les seconds construi- sent les premières en groupe différent et disqualifié9. Comme l’ont montré Véronique de Rudder, François Vourc’h et Christian Poiret (2000 : 155), l’ethnicité « ne repose pas sur un substrat aisément objectivable. Elle ne peut être saisie que dans l’interaction. […] Il n’y a pas d’abord des groupes ethniques, puis mise en relation, c’est tout au contraire cette relation qui est première, car c’est elle qui produit et modélise l’ethnicité ». Cela rejoint les propos de Pierre Bourdieu (1989 : 31-32) lorsqu’il écrit : « Le paysan devient “paysan”, au sens que l’injure citadine donne à cet adjectif. » Il relève « la logique du racisme qui s’observe aussi entre les classes » et qui fait que « le paysan est sans cesse obligé de compter dans sa pratique avec la représentation de lui-même que les citadins lui renvoient ; et il reconnaît encore dans les démentis qu’il lui oppose la dévaluation que le citadin lui fait subir ». Au XIXe siècle, il était dit des ouvriers qu’ils appartenaient à une autre « race ». La « race », indépendamment de la réalité qu’on lui attache, est d’abord la marque, le signe d’une différence et d’une infériorité radicalisées. Que cette différence se cristallise dans une marque biologique ou qu’elle soit d’ordre comportemental ou social, le processus de différenciation à l’œuvre est le même. « Le racisme est défini en ce qu’il s’applique à l’étranger, à l’étrange, l’autre, l’hétérogène, en opposition à l’homogène, l’habituel, le moi » (Guillaumin 1972 : 77).

MOUJOUD Nasima et POURETTE Dolorès, « « Traite » de femmes migrantes, domesticité et prostitution » À propos de migrations interne et externe,
Cahiers d’études africaines, 2005/3 n° 179-180, p. 1098-1099.

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