En fait, les interventions de la force publique dans les pratiques hétérosexuelles masculines (d’hommes appartenant généralement à une classe défavorisée) comme la réorientation vers l’autre sexe de la stigmatisation sexuelle dans certaines fractions de la classe moyenne peuvent être rapprochées de transformations plus générales, elles-mêmes à l’origine de l’essor des services sexuels11. Pour le XIXe siècle industriel et le début du XXe siècle, le « mal » de la prostitution résidait dans la prostituée elle-même12 et les écrits classiques de sciences sociales voyaient dans la prostitution en tant qu’institution sociale l’ultime métaphore de l’exploitation inhérente au travail rémunéré13. Toutefois, à la fin du XXe siècle, avec le passage d’une économie fondée sur la production à une économie fondée sur la consommation, la critique morale et la réforme politique changent progressivement leur angle de vue : la prostituée est désormais une « victime » ou une « travailleuse du sexe »14, l’attention et la sanction n’étant plus dirigées vers les pratiques professionnelles mais reportées sur le comportement de consommation.

Bernstein Elizabeth et Wirth Françoise, « Ce qu’acheter veut dire » Désir, demande et commerce du sexe, Actes de la recherche en sciences sociales, 2013/3 N° 198, p. 64

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