La culture néolibérale est – et c’est un point important – masculinisée dès le départ. Le modèle de l’ « acteur rationnel », autour duquel la théorie économique néolibérale s’est construite, est une figure masculine. Les politiques néolibérales, dans leur rejet de toute forme de démocratie participative, n’ont cesse de recourir à la figure politique de l’« homme fort » et vouent un culte à la prise de décision autoritaire, rationnelle, efficace et sans pitié. La marchandisation des sports de compétition masculins, de la Formule 1 à la Coupe du Monde de football, constitue un laboratoire fascinant pour l’étude du néolibéralisme et des dynamiques de masculinité.

Mais il existe des connexions plus concrètes entre masculinité et néolibéralisme, notamment via le management entrepreneurial. La globalisation néolibérale produit de nouvelles institutions et de nouveaux espaces sociaux qui s’étendent à l’échelle globale – notamment à travers le world wide web, l’État sécuritaire transnational, les marchés mondiaux et les firmes multinationales. Chacune de ces institutions est organisée par un régime de genre complexe et géographiquement étendu.

Ce sont des arènes de formation de la masculinité – et ce sont aujourd’hui parmi les arènes les plus importantes à étudier. Nous avons besoin de plus de recherches dans ce domaine. Il faudrait que les études localisées sur les masculinités soient davantage attentives aux connexions entre les contextes locaux et ces arènes globales.

Au cœur des firmes multinationales – ainsi qu’au-delà de ces firmes, dans d’autres arènes globales – se déploie la masculinité des nouvelles élites managériales et patronales. Ces élites étant difficiles d’accès, y compris pour les chercheurs du Nord, différentes stratégies d’approche ont été mises en place : l’étude des représentations médiatiques des managers, l’étude de leurs traces documentaires, ou encore l’entrée par la jeune génération (cela a été mon approche). Quelques chercheur•e•s ingénieux/euses sont parvenu•e•s à avoir un accès plus direct et je suis sûre que l’on apprendra bientôt beaucoup des résultats de ces recherches.

La recherche sur les masculinités n’est bien sûr pas la seule clé de compréhension de l’ordre néolibéral mondial. Mais celle-ci aidera à la compréhension du fonctionnement des institutions néolibérales, ainsi que des contextes dans lesquels les décisions sont prises et les stratégies arrêtées. Comment, par exemple, les projets des firmes multinationales qui saccagent les terres, déplacent des populations, détruisent des écosystèmes, génèrent de la violence sociale ou déversent de la pollution pour les prochains milliers d’années sont-ils pensés et mis en œuvre ? L’analyse de la dimension genrée de la culture managériale, ainsi que des projets de vie des hommes qui dirigent ces firmes, nous permettra de mieux comprendre et ainsi de mieux lutter contre ces modes de gestion et d’exploitation.

« Masculinités, colonialité et néolibéralisme, entretien avec Raewyn Connell; à lire sur Contretemps

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