Contre le bénévolat, pour en finir avec l’injonction à relationner

« Les efFRONTé-e-s considèrent qu’on ne peut pas accéder aux corps des femmes par la voie marchande. »
Titre d’un article programmatique d’une tentative de copié collé d’OLF par des gentes que je présume du FG. Illustrée par l’inénarrable slogan « les vrais zommes n’achètent pas les femmes ». C’est vrai. Ils se doivent de les avoir gratuitement. Et même qu’elles leur disent s’il te plaît et merci. Sinon c’est la honte. Même pas cap’s de se faire une meuf, dis donc. Obligés de faire payer leur lourdeur et leur besogne, leur présence quoi. Trop nuls.

Ce qui est des fois effarant, c’est de voir ce que défendent, positivement, les prohi. C’est-à-dire l’entièreté de l’ordre relationniste et hétérosexualiste, affiné et raffiné en cave. Pour elleux, la gratuité est une valeur ajoutée – ce qu’elle est effectivement depuis toujours dans cet ordre qui fonde lui-même une valeur, la relation. Relation toujours binaire dans son principe. Et qui ne peut donc pas interférer avec une autre valeur, aussi universelle soit-elle. L’universalité ne se partage pas, dans ce monde là. Bref, il est bien que les hommes baisent des femmes, couplent, provignent avec, et il est super bien que ce soit par leur prestance et leur attirance et leur virilité (berk !).

En tous cas les choses sont claires : la vraie vie – et on ne précise même pas « pour un homme », qui c’est le sujet à patriarcalande ? – c’est d’accéder au corps des femmes. Et même plus généralement à leur vie entière, histoire de se la sucer. Ce qui est bien plus gratifiant et économique quand on le fait gratoche ! Et bien plus rentable pasqu’on a accès, comme y disent, à toute la nana, 24/24, 365/365, pas à une heure ou deux et quelques exercices ou un peu de support psy (beaucoup de clients causent bien plus qu’ils ne baisent).

On se demande bien d’ailleurs comment il pourrait bien en être autrement sans injonction et intériorisation de la normalité sexualisante. Les mecs croient-ils que leur lourdinguerie a une prestance qui stimule le désir ? Ben mon ‘ieux. Si on n’était pas coincées dans un système où la relation conditionne la reconnaissance, et où on nous fait croire que baiser, enfanter, se faire coller c’est se réaliser, je pense que les pauvres, y se la taperaient dans un coin s’ils entendent l’avoir gratoche. Comme disait Solanas, on a bien mieux et plus urgent à faire que se taper la glu de conjoints, et mêmes de conjointes. La vie n’est pas dans la dépendance instituée et naturalisée, dans les sujets sociaux à deux têtes et à quatre pattes (ou plus encore).

La sexualité, avec son cache-sexe l’affectivité, ataviquement hétéro-nome dans sa structure même et sa pseudo-naturalité, fait partie constitutive de l’ordre qui est aussi celui de la valeur et du pépéarcat. Soit on s’en accomode, soit on le combat, mais c’est d’une hypocrisie sans limites, qui plus est au détriment de quelques qui y survivent précisément sans y consentir, que de prétendre l’aménager, et encore plus qu’il puisse être inoffensif !

Les non-bénévoles que nous sommes, avons été et, ne déplaise aux prohi, serons, tant du moins que sexualité et relation seront une norme de réalisation sociale et existentielle, que nous soyons putes, entretenuEs, vampires ou sangsues, bousillent cet ordre, le dévalorisent, rappellent finalement que tout ce cirque autour de l’amour, du plaisir, du couple, etc. n’est qu’un système d’échange social et économique, de formatage du sujet, d’aliénation quoi, comme un autre. Et que chercher à le sacraliser, dans la droite ligne des religions et des sociétés, ne sert qu’à empêcher la critique de s’exercer dessus, et à maintenir l’intérêt supérieur des mecs et d’hétérolande.

Soit on accepte la logique d’échange et de marchandise, soit on la refuse. C’est comme la radioactivité, à partir du moment où elle existe, elle est totale et partout, c’est sa raison d’être et c’est inévitable. Et sa partenaire la gratuité bénévole et arnaqueuse, comme par hasard dévolue au versant non-valorisateur de ce monde, c’est-à-dire au féminin, avec elle, indissolublement. Prétendre opposer l’une à l’autre, c’est comme opposer le travail au capital : ça commence à la croyance acritique et ça se termine dans les marais du foutage de gueule. Ce monde ne se vend pas au détail, soit on l’endosse, soit on le renverse. Mais la position des institutionnalistes prohibitionnistes et sécuritaires, qui pensent, comme toutes les citoyennistes, que l’on peut apprivoiser la logique de la valeur, la faire tourner « pour nous » en s’en préservant, est et a toujours été intenable et intenue.

Vénales, pointilleuses, antisexuelles, employées du care, nous sommes les non-bénévoles, celles à qui on ne la fait pas, celles qu’on ne peut avoir gratuitement et encore moins par la grâce du charme masculin (!!!). Nous sommes les inabordables et les inannexables. Nous sommes bien forcées de croire que l’amour existe – hélas ! : nous en voyons les conséquences et dégâts sur les femmes. Avec la sexualité, et ses sous-produits reconnaissance, plaisir, désir, il est à la base de la structure d’injonctions intériorisées du patriarcat. Et la gratuité est un des aspects de la vénalité générale ; c’est quand c’est gratuit que c’est soi le produit ! Et qu’on y croit ! Nous ne sommes ni gratuites, ni bénévoles. Nous ne croyons pas à la naturalité de la sexualité et de l’amour.

Aliénation pour (auto)exploitation, c’est-à-dire travail, en attendant d’en sortir, nous préférons la seconde limitée dans le temps et l’espace et dont on peut envisager de se désengluer, qu’on peut encore objectiver et qui ne nous avale pas totalement, ne nous modèle pas sujette consentante. Nous préférons donc le rapport commercial à la relation, en attendant l’abolition des deux. Et non leur hypocrite repeinture sous les auspices de l’ordre civique et économique.

Pas d’accès à nouzautes autre que précisé, minuté et tarifé, tant que l’argent, le travail, l’état, la famille, l’amour, la sexualité ne seront pas de mauvais souvenirs ! Et qu’on ne parlera plus d’accéder comme d’une évidence, d’une nature ou d’un droit. Nous ne sommes pas bénévoles, que ce soit pour le cul ou pour tout le reste du soin de pépé et des lardons, des zâmes et des corps.

La pute antisexe, antiboulot et antilove

le blog de Plume, la fem-garoue

http://lapetitemurene.over-blog.com/pages/Contre_le_benevolat_pour_en_finir_avec_linjonction_a_relationner-8659553.html

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