Pour trouver les bons contacts pour partir, les femmes mobilisent des réseaux d’interconnaissance dans leur pays d’origine. Parfois une partie de la famille peut être impliquée dans les préparatifs du départ, parfois, la femme prépare ce dernier dans le secret. Queen par exemple était une jeune femme comblée. Son père est directeur d’un établissement d’enseignement secondaire privé où elle donnait elle-même des cours puisqu’elle a suivi des études supérieures en lettres et art dramatique. Sa famille possède en outre des terres cultivées par des fermiers où son père projette de lui faire construire une maison. Mais Queen n’adhère pas aux projets que son père élabore pour elle. Elle rêve d’être réalisatrice de cinéma; elle part alors à Lagos où après quelques mois d’une vie trépidante elle réalise que le milieu de la production cinématographique est verrouillé par des cercles impénétrables. Elle décide alors de partir en Europe et se met en quête d’un intermédiaire pour faciliter son voyage. Elle le trouve et conclut un contrat oral avec lui. Elle travaillera pour lui en Europe dans l’industrie du divertissement. Queen ne pensait pas devoir travailler comme prostituée de rue en France, mais elle ne pouvait plus reculer et, surtout, elle voulait rester en Europe. Elle a accepté les conditions et a effectivement travaillé dans la prostitution de rue pendant trois ans. Elle a finalement rompu ses liens avec le passeur en faisant jouer le fait, vis-à-vis des associations d’aide et des autorités françaises, qu’elle était victime de trafic pour obtenir une autorisation de séjour. Elle a pu continuer à travailler dans la prostitution pour elle-même, mais après quelques semaines de prise en charge par les travailleurs sociaux, elle a dû arrêter parce que son titre de séjour risquait d’être compromis. Actuellement, elle est hébergée dans un dispositif d’aide sociale et reçoit 300 € par mois au titre de “l’allocation temporaire d’autonomie” prévue en 2006 dans le dispositif d’aide aux victimes du proxénétisme. Elle dit de cette expérience :
C’est dur, mais j’ai obtenu ce que je voulais : vivre en Europe. Main- tenant j’ai énormément de matière pour mes scénarios et je vais consacrer mon temps à l’écriture, si j’arrive à trouver un emploi pour survivre.

Françoise GUILLEMAUT, Sexe, juju et migrations. Regards anthropologiques sur les processus migratoires de femmes africaines en France

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