Le fait que ce travail ait été pendant des siècles, et soit encore aujourd’hui, considéré comme un « non travail », qu’il a été accompli sans rémunération et considéré comme relevant naturellement du « travail des femmes », conjugué à ses liens avec l’histoire de l’esclavage, du colonialisme et de la migration, pèse lourdement sur le statut social qui lui est reconnu.
Mais si la condition des travailleuses domestiques demeure effroyablement précaire, les mouvements de travailleuses domestiques/du care se développent à travers le monde dans une mesure telle qu’ils constituent actuellement l’une des forces principales du féminisme international et de la lutte contre la dévalorisation du travail reproductif.
[…] Les femmes qui s’expriment viennent de différentes régions mais les problèmes qu’elles rencontrent sont fondamentalement identiques. Tout d’abord, la nature individualisée du travail de care / travail reproductif, et l’isolement dans lequel il est effectué, créent une situation chargée émotionnellement et potentiellement explosive qui, en particulier dans le cas où l’employée est logée chez son employeur, peut rapidement donner lieu à des abus. Il est également très difficile pour les travailleuses domestiques/du care de fixer des limites claires entre le travail et les relations personnelles puisqu’elles travaillent au domicile de leurs employeurs et que leurs tâches incluent de s’occuper des enfants et d’autres personnes. Prenez le cas où l’employeur – vraisemblablement une autre femme – rentre à la maison le soir et traite l’employée de maison qui loge chez elle comme une compagne de substitution, lui racontant ses problèmes professionnels, alors que l’employée pourrait souhaiter aller se coucher. Imaginez aussi ce que cela signifie d’exercer un travail qui vous demande de vous attacher aux enfants dont vous vous occupez sans avoir le pouvoir d’intervenir si leurs parents com- mettent des erreurs, et tout en sachant que votre relation avec ces enfants peut être rompue à tout moment. […]

Camille BARBAGALLO et Silvia FEDERICI, “Travail domestique, du care, du sexe et migrations dans le contexte de la restructuration néo-libérale : de la politisation du travail reproductif. In Genre, migrations et globa- lisation de la reproduction sociale. Cahiers genre et développement. N° 9. (Dir.) C. Verschuur et C. Catarino. 421-430. Paris : L’Harmattan.” p.  426

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