L’identification d’espaces et de lieux dévolus à la prostitution et au commerce sexuel génère leur stigmatisation et instaure une géographie morale qui fixe les limites entre l’acceptable et le répréhensible dans ce qui, de la sexualité, est donné à voir. Phil Hubbard, plus que d’autres, s’est intéressé aux modalités de construction, de négociation, de contestation de l’immoralité et de la présence des prostituées dans les espaces urbains. Citant David Sibley (1995) pour qui tout pouvoir s’exprime par une monopolisation de l’espace et par la relégation des plus faibles dans les lieux les moins convoités, il affirme que les quartiers chauds sont une condition de la marginalisation des prostituées.
Le fait que ceux-ci soient localisés dans des aires urbaines auxquelles collent des images de pauvreté, criminalité, drogue, trafic, participe effectivement à la stigmatisation et à la criminalisation des prostituées qui y exercent. Le rejet vers les périphéries urbaines des prostitutions les plus dévalorisées est un indicateur des hiérarchisations sociales au sein des mondes du commerce sexuel. La presse locale, qui est l’un des matériaux utilisés par Phil Hubbard pour saisir les jeux de représentations et d’acteurs, participe à la production de significations visant à mettre l’immoralité de la prostitution physiquement et psychiquement à distance des quartiers résidentiels les plus riches de la ville (Hubbard, Sanders, 2003, p. 79). Les acteurs politiques peuvent aussi contribuer à cette hiérarchisation des prostitutions selon les lieux d’exercice. […]
Le confinement dans les quartiers chauds est à la fois isolement spatial et relégation sociale. La création de frontières matérielles, symboliques et imaginaires, est l’un des moyens par lesquels les défenseurs des intérêts dominants peuvent définir des groupes comme déviants (Hubbard, 1997, p. 134). En inscrivant les pratiques prostitutionnelles de rue et la sexualité visible dans la forme spatiale spécifique que sont les red light districts, contraintes et interdits séparent l’hétérosexualité immorale d’avec ses formes respectables (Hubbard, 2000, p. 202). Plus largement, le placement ou déplacement des prostituées ressortit à leur catégorisation comme personnes immorales.

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