Archives de Tag: hiérarchies sexuelles

Sex workers and…

Sex workers and anyone perceived to be a sex worker are believed to always be working, or, in the cops’ view, always committing a crime. People who are profiled by cops as sex workers include, in disproportionate numbers, trans women, women of color, and queer and gender nonconforming youth. This isn’t about policing sex. It’s about profiling and policing people whose sexuality and gender are considered suspect.

Melissa Gira Grant, Playing the Whore, Verso, 2014, p. 9

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les enfermements du XIXème siècle ont ceci d’intéressant qu’ils ne sanctionnent pas les femmes vénales en ce qu’elles sont prostituées, mais en ce que leur comportement et leur apparence manifestent un irrespect des lois imposées par le régime hétérosexuel, au sens où nous l’avons défini et qui est celui que lui donne Monique Wittig1. En cela est-il possible de soutenir que la police de Paris agit comme un instrument de normalisation des individus à la solde du régime politique hétérosexuel, en veillant à la répartition des personnes en classes de sexe mutuellement excluantes et à sauvegarder la définition des rôles et des comportements sociaux, sexuels et physiologiques telle que donnée par le discours médical.
En ce que la médecine prescrit et forclos les identités et que la Préfecture de police se réserve le droit de sanctionner toute déviance, la pratique du commerce sexuel des femmes n’est tolérée que dans la mesure où elle ne favorise pas la débauche, où elle est mise au service du délassement des hommes (et en cela de la sauvegarde de la vertu des femmes bourgeoises) et où elle ne permet pas un affranchissement (sexuel, social et économique) de celles qui la pratiquent. En somme, la prostitution réglementée et ses avatars (la menace de l’emprisonnement, les contraintes horaires et vestimentaires, la stigmatisation et la visite obligatoire) consistent dans une institution visant à réguler les rapports entretenus par les membres des classes sociales et des classes de sexes, et ce, dans la perspective de préserver la hiérarchie sociale. Cette institution repose sur l’accumulation, par les médecins et la Préfecture de police, de connaissances sur les prostituées (soit les fichiers des agents, les écrits théoriques et les rapports adressés par les directeurs des établissements médicaux au Préfet). Selon la dialectique de savoir/pouvoir mise en évidence par Michel Foucault2, ces connaissances constituent un dispositif de pouvoir ayant pour effet : sa manifestation à travers une multiplicité de rapports de force (tels qu’ils existent lors des arrestations nocturnes, des visites médicales ou encore dans les thérapeutiques de la Salpêtrière) ; sa mise en application à travers des appareils étatiques (tels que la loi de 1838 et le règlementarisme) ; son omniprésence (qui consiste en les techniques de fichage, la potentialité permanente d’une arrestation et la surveillance au sein de l’asile).

Tiphaine BESNARD, Les prostituées à la Salpêtrière et dans le discours médical : 1850-1914; une folle débauche, L’Harmattan, 2010.  p. 192-193

La plupart des systèmes de jugement sexuel – religieux, psychologique, féministe ou socialiste – cherchent à déterminer de quel côté de la frontière une pratique donnée doit être placée. Seuls les actes qui atterrissent du bon côté de la frontière se voient accorder la complexité morale. Par exemple, des relations hétérosexuelles peuvent être sublimes ou dégoûtantes, libres ou forcées, épanouissantes ou destructrices, romantiques ou mercenaires. […] Par contraste, la totalité des actes qui se situent du mauvais côté de la frontière est considérée comme répugnante par définition et absolument sans nuances morales. Plus un acte est éloigné de la frontière, plus il est compris comme uniformément mauvais

Gayle RUBIN, “Penser le sexe”, in Surveiller et jouir – Anthropologie politique du sexe, Epel, 2010, traduction Flora Bolter, Christophe Broqua, Nicole-Claude Mathieu et Rostom Mesli, p.162

Les sociétés occidentales modernes valorisent les actes sexuels selon un système hiérarchique de valeur sexuelle. […] Les individus dont le comportement sexuel correspond au sommet de cette hiérarchie sont ércompensés par un certificat de bonne santé mentale, la respectabilité, la légalité, la mobilité sociale et physique, le soutien des institutions et des bénéfices d’ordre matériel. À mesure que les comportements ou les intérêts des individus se situent à un niveau inférieur de cette échelle, ces derniers sont l’objet d’une présomption de maladie mentale, d’absence de respectabilité, de criminalité, d’une liberté de mouvements physique et sociale restreinte, d’une perte de soutien institutionnel et de sanctions économiques.
Un opprobre extrême et punitif maintient certains comportements sexuels au plus bas niveau de cette échelle, et constitue une sanction efficace contre ceux qui ont de telles pratiques. L’intensité de cet opprobre a ses racines dans la tradition religieuse occidentale. Mais l’essentiel de son contenu actuel vient de la stigmatisation médicale et psychiatrique.

Gayle RUBIN, “Penser le sexe”, in Surveiller et jouir – Anthropologie politique du sexe, Epel, 2010, traduction Flora Bolter, Christophe Broqua, Nicole-Claude Mathieu et Rostom Mesli, p. 156-157