Archives de Tag: IJM

Although IJM’s operations have attracted some controversy, the undercover and mass-media-oriented model of activism that IJM propounds has become the emulated standard for evangelical Christian and secular feminist organizations alike.22 The liberal feminist organization Equality Now, for example, has recently enlisted male volunteers to go undercover to find traffickers and to work with local law enforcement to bring them to trial (Aita 2007). Notably, IJM’s tactics have been hailed both by the Bush Administration and, more recently, by secular humanitarians in the Obama Administration such as Samantha Power. As Power notes in her recent interview with Haugen for the liberal-leaning New Yorker magazine, “Haugen believes that the biggest problem on earth is not too little democracy, or too much poverty … but, rather, an absence of proper law enforcement” (Power 2009, 52). Through IJM’s rescue missions, men are coaxed into participating in women’s and other humanitarian issues by being granted the role of heroic crime fighters and saviors. Unlike in other Christian men’s groups, however, here it is not headship in the domestic enclave of the nuclear family that draws men in but rather the assumption of a leadership role in and against a problem that is global in scope and that requires transnational actors to combat.23
But more than a newly transnationalized middle-class masculinity is at stake here, particularly since the majority of the organization’s grassroots activists—as in antitrafficking campaigns in general—are middle-class young women. In contrast to a previous generation of evangelical Christian activist groups that avowedly embraced sexual and gender traditionalism for Western women, IJM’s members make frequent reference to the backward traditionalism of third-world cultures as one of the primary causes of sex trafficking, a framework that helps them to define and re- inforce their own perceived freedom and autonomy as Western women. In this regard, they follow what Inderpal Grewal (2005, 142) has identified as the contemporary feminist model of human rights activism, produced by subjects who imagine themselves more ethical and free than their “sisters” in the developing world.
The embrace of the third-world trafficking victim as a modern cause thus offers these young evangelical women a means to engage directly in a sex-saturated culture without becoming “contaminated” by it; it provides an opportunity to commune with third-world “bad girls” while remaining first-world “good girls.” Whether by directly entering the third-world brothel or by viewing highly sexualized media portrayals, the issue of trafficking permits a sexualized frame to exist without threatening these women’s own moral status or social position.

Elizabeth Bernstein, Militarized Humanitarianism Meets Carceral Feminism: The Politics of Sex, Rights, and Freedom in Contemporary Antitrafficking Campaigns, Journal of Women in Culture and Society 2010, vol. 36, no. 1, p. 62-63


 

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L’International Justice Mission (IJM), organisation chrétienne la plus influente contre la traite aux États-Unis (officiellement non partisane), qui emploie plus de quatre-vingts permanents à temps plein et inter- vient dans quatorze pays, bénéficie non seulement de l’appui de l’extrême droite, mais d’évangélistes renommés ‘de gauche’. Selon un employé de l’IJM, les salariés de l’organisation — qui, pour être embauchés, doivent certifier sur la foi qu’ils sont chré- tiens et qui consacrent les premières heures de leur journée de travail à la prière collective — ont même envisagé d’abandon- ner le terme ‘évangélique’ en raison de ses connotations troublantes avec l’aile droite. […]
L’IJM a été à la pointe des campagnes médiatiques récentes des évangélistes qui ont donné des lettres de noblesse à ce que l’on pourrait nommer l’‘humanitarisme guerrier’. Ce type de méthode est bien connu depuis la fin des années 1990, grâce aux sauvetages spectaculaires de femmes et d’enfants arrachés aux bordels du Sud-Est asiatique (actions souvent menées en partenariat avec des organes de presse tels que Dateline NBC, CNN et FOX News). Selon le schéma ‘rescue and restore’ (‘sauver et rétablir’) que l’organisation a fait breveter, ses em- ployés de sexe masculin se déguisent en clients pour enquêter dans les maisons closes, collaborant avec la police locale pour secourir les mineur·e·s et les occupant·e·s soi-disant retenu·e·s contre leur gré et les placer dans des centres de rééducation financés par l’État ou par des groupes religieux. Bien que ces opérations aient suscité plus d’une controverse (au Cambodge, des femmes se sont échappées par les fenêtres après avoir noué des draps pour rejoindre en courant les bordels de Phnom Penh dont elles avaient été ‘libérées’), le modèle d’infiltration, très médiatisé, que propose l’IJM a pris valeur de norme chez les évangélistes, et même pour certaines organisations féministes laïques (Soderlund 2005 ; Newsblaze 2007).
À noter que de nombreux évangélistes militant contre la traite et défendant la cause abolitionniste, non seulement affichent une vision du monde analogue à celle des chrétiens conser- vateurs sur la sexualité, mais vont carrément plus loin. Selon les termes d’un permanent convaincu de la réussite de l’opération de l’IJM qui a transformé Svay Pak (localité du Cambodge connue pour sa prostitution enfantine) en « ville touristique agréable » : « Notre véritable objectif est de sortir les gens de l’esclavage pour les rendre au marché libre ». Une opinion analogue anime les pratiques d’un nombre croissant de groupes humanitaires chrétiens qui orientent les anciennes prostituées vers des emplois de bas niveau dans l’économie des services et leur enseignent comment cuire des muffins pour Starbucks ou comment préparer des boissons et des mets de type occidental (Jewell 2007). De plus en plus d’évangélistes et de féministes laïques adhèrent à une telle conception : le trafic d’êtres humains n’est plus appréhendé sous l’angle de la dynamique globale de la mondialisation, de la division sexuelle du travail et de la migration (cadre de réflexion qui sous-tendait l’action de nombreuses ONG laïques dans les années 1990), mais comme une question humanitaire que les capitalistes mondiaux peuvent contribuer à résoudre (Baue 2006 ; Vital Voices Global Partnership 2007). Lors de la présentation à l’Université de Columbia d’une rescapée bien connue de la traite au Cambodge, Somali Mom, un représentant de Lexis Nexis qui l’accompa- gnait dissertait sur les vertus des ‘partenariats public-privé’ ainsi que sur les objectifs de son entreprise : former les anciennes victimes de la traite aux activités de coiffure et de couture ainsi qu’aux emplois manuels les moins qualifiés. Alors que les alter- mondialistes de l’ère précédente imputaient au capitalisme des conditions de travail industriel jugées inacceptables (Ross 1997 ; Klein 2002), les nouveaux ‘internationalistes’ évangé- liques et leurs partisans laïques considèrent ce type de procédés comme l’exemple même de la ‘liberté’ (Kristof 2004a, 2004b).

Bernstein Elizabeth et al., « Politique du sexe aux États-Unis : le poids des communautés religieuses », Cahiers du Genre, 2012/3 HS n° 3, p. 192-194.