Archives de Tag: Migrations

As the men migr…

As the men migrate, or do not have the money to support a family, and as the state lacks or is presumed not to have funds to invest in social reproduction, a new patriarchal regime comes into existence, that places women in the “Third World” under the control of the World Bank, the IMF and the many NGOs that manage “income generating projects” and “aid” programs.
These are the new supervisors and exploiters of women’s reproductive work, and this new patriarchy relies on the collaboration of European and North American women who, like new missionaries, are recruited to train women in the “colonies” to develop the attitudes necessary to become integrated in the global economy.

Silvia Federici, « Reproduction and Feminist struggle in the new international division of labor » (1999), in Revolution at point Zero : Housework Reproduction and Feminist Struggle, p. 74-75

Publicités

Tout comme le travail domestique et les autres formes de care, le travail du sexe a connu une restructuration majeure depuis les années 1970, que les mouvements féministes et de travailleurs du sexe commencent seulement à analyser et à intégrer à leur mobilisation. Toutefois, nous pouvons dire avec certitude qu’un aspect de cette restructuration a été la multiplication des travailleurs du sexe et la diversification des types de services commerciaux disponibles, ainsi que l’internationalisation de la main-d’œuvre du sexe. Ces développements s’expliquent par plusieurs facteurs, notamment la réorgani- sation du travail, des rapports de genre et de la sexualité produite par les politiques néolibérales. Il est clair que davantage de recherches doivent être menées sur ces développements. Mais il est certain qu’aujourd’hui la majorité des travailleurs du sexe sont des femmes migrantes ainsi que des hommes et des transsexuels originaires d’Afrique, d’Amérique du Sud et d’Europe de l’Est.
Les statistiques sur le nombre de travailleurs du sexe sont controversées dans tous les pays et régions, en raison de la nature clandestine du travail du sexe et de la stigmatisation dont il est l’objet. Cependant, si l’on considère que l’industrie du sexe inclut non seulement les personnes travaillant dans la prostitution, mais aussi les danseurs et danseuses, les modèles et acteurs ou actrices de films pornographiques, les employées de peep-shows et de bar de striptease, les opératrices de téléphone rose et les cyber-stripteaseuses, les réceptionnistes, les gardiens, les chauffeurs, le nombre de femmes, de trans- sexuels et d’hommes employés mondialement dans l’«industrie du divertissement pour adultes » est sidérant. […]
Dans l’ensemble, les conditions du travail du sexe se sont dégradées en comparaison avec celles des débuts du mouvement des travailleurs du sexe à la fin des années 1970. En raison de la détérioration du contexte économique et de l’intensification de la concurrence dans l’industrie du sexe, il est devenu plus difficile pour les travailleurs de ce secteur d’exercer le type de contrôle que les prostituées avaient établi auparavant sur leurs conditions de travail. De nombreux travailleurs du sexe migrants sont en situation irrégulière et, en raison du durcissement du contrôle des frontières et des politiques d’immigration en Europe, ont dû compter sur des intermédiaires criminels pour financer et organiser leur voyage à l’étranger; par conséquent, la violence et la coercition à l’encontre des travailleurs du sexe se sont aggravées. En fait, les travailleurs du sexe, en particulier celles et ceux qui travaillent dans la prostitution, sont aujourd’hui pénalisés à trois niveaux: en tant que travailleurs du sexe, en tant que travailleurs sans papiers et en tant que victimes de la servitude pour dette et de l’exploitation. Depuis les années 1980, la question du « trafic sexuel » divise l’analyse féministe de la prostitution en deux camps opposés et marque une ligne de fracture importante parmi les féministes. D’un côté, les personnes convaincues que la prostitution est une activité non volontaire qu’aucune femme ne peut choisir librement proposent de définir tous les cas de prostitution comme des violences à l’encontre des femmes. De l’autre, celles qui affirment qu’en considérant la prostitution, sous quelque forme qu’elle soit, comme intrinsèquement violente, on menace la sécurité des travailleurs du sexe, et qu’en outre cette position infantilisante et moraliste nie la violence inhérente aux autres perspectives d’emploi qui s’offrent aux travailleurs du sexe, et généralement aux femmes, notamment s’ils et elles sont originaires de pays qui ont subi des formes drastiques de libéralisation économique. […]
Il n’est pas possible de transformer la situation des travailleurs du sexe en se concentrant exclusivement sur la domination et l’esclavage sexuels, et en différenciant les travailleurs du sexe des autres travailleurs, de la même façon que nous ne pouvons pas aborder la question du travail reproductif en nous concentrant sur le travail du care. Précisément parce que le travail du sexe est souvent du travail non libre, le travailleur du sexe devient le paradigme du travailleur de l’économie mondiale, de la même façon que la main-d’œuvre féminine sous-payée, précaire et « informelle » devient le paradigme de toute forme d’exploitation. Comme dans les années 1970, la question est aujourd’hui de savoir si cette prise de conscience sera à la base d’une recomposition parmi les différents secteurs de la main-d’œuvre féminine. Car le travail du sexe, à l’instar du travail domestique et du care, pose l’un des défis les plus importants aux féminismes actuels.

Camille BARBAGALLO et Silvia FEDERICI, “Travail domestique, du care, du sexe et migrations dans le contexte de la restructuration néo-libérale : de la politisation du travail reproductif. In Genre, migrations et globa- lisation de la reproduction sociale. Cahiers genre et développement. N° 9. (Dir.) C. Verschuur et C. Catarino. 421-430. Paris : L’Harmattan.” p.  427-429

Class revolt, together with sexual transgression, was a central element in the descriptions of the Sabbat. which was portrayed both as a monstrous sexual orgy and as a subversive political gathering, culminating wIth an account of the crimes which the participants had commited, and with the devil instructing the witches to rebel against
their masters. It is also significant that the pact between the witch and the Devil was calleded conjuratio, like the pacts often made by slaves and workers in struggle (Dockes 1982: 222; Tigar and Levy 1977: 136), and that in the eyes of the prosecutors, the Devil represented a promise of love, power, and riches for whose sake a person was willing to sell her (or his) soul, that is, to infrige every natural and social law.
[…]
The subversive, utopian dimension of the witches’ Sabbat is also stressed, from a difFerent angle, by Luciano Parinetto who. in Streghe e Potere (1998), has insisted on the need to give a modern interpretation of this gathering, reading its transgressive features
from the viewpoint of the developing capitalist discipline of work. Parinetto points out that the nocturnal dimension of the Sabbat was a violation of the contemporary capi­talist regularization of work-time, and a challenge to private property and sexual ortho­doxy, as the night shadows blurred the distinctions between the sexes and between “mine and thine”. Parinetto also argues that the flight, the travel, an important element in the charges against the witches, should be interpreted as an attack on the mobility of immigrant and itinerant workers, a new phenomenon, reflected in the fear of vagabonds, that much preoccupied the authorities in this period. Parinetto concludes that, viewed in its historical specificity, the nocturnal Sabbat appears as a demonization of the utopia embodied in the rebellion against the masters and the break-down of sexual roles, and it also represents a use of space and time contrary to the new capitalist work-discipline.

Silvia FEDERICI, Caliban and the Witch, p. 177

We travel for days up the mountains, across rivers, through dense forest. We follow the paths that others have taken. Small winding paths of dust or mud depending on the season.
I carry my bag of clothes and all the hopes of my family on my back. I carry this with pride; it’s a precious bundle not a burden. As for the border, for the most part, it does not exist. There is no line drawn on the forest floor. There is no line in the swirling river. I simply put my foot where thousands of other women have stepped before me. My step is excited, weary, hopeful, fearful and defiant. Behind me lies the world I know. It’s the world of my grandmothers and their grandmothers. Ahead is the world of my sisters who have gone before me, to build the dreams that keep our families alive. This step is Burma. This step is Thailand. That is the border.

If this was a story of man setting out on an adventure to find a treasure and slay a dragon to make his family rich and safe, he would be the hero. But I am not a man. I am a woman and so the story changes. I cannot be the family provider. I cannot be setting out on an adventure. I am not brave and daring. I am not resourceful and strong. Instead I am called illegal, disease spreader, prostitute, criminal or trafficking victim.

Why is the world so afraid to have young, working class, non-English speaking, and predominately non-white women moving around? It’s not us that are frequently found to be pedophiles, serial killers or rapists. We have never started a war, directed crimes against humanity or planned and carried out genocide. It’s not us that fill the violent offender’s cells of prisons around the world. Exactly what risk does our freedom of movement pose? Why is keeping us in certain geographical areas so important that governments are willing to spend so much money and political energy? Why do we feel like sheep or cattle, only allowed by the farmer to graze where and when he chooses? Why do other women who have already crossed over into so many other worlds, fight to keep us from following them? Nothing in our experiences provides us with an answer to these questions.

Instead of respect for our basic human rights under the United Nations Human Rights Council we are given “protection” under the United Nations Office on Drugs and Crime. We are forced to live with the modern lie that border controls and anti-trafficking policies are for our protection. None of us believe that lie or want that kind of protection. We have been spied on, arrested, cut off from our families, had our savings confiscated, interrogated, imprisoned and placed into the hands of the men with guns, in order for them to send us home… all in the name of “protection against trafficking”. It’s rubbing salt into the wound that this is called helping us. We are grateful for those who are genuinely concerned with our welfare … but we ask you to listen to us and think in new ways.
After “raid or rescue” we will walk the same path again, facing the same dangers at the same border crossings. Just like the women fighting to be educated, fighting to vote, fighting to participate in politics, fighting to be independent, fighting to work, to love, to live safely… we will not stay in the cage society has made for us, we will dare to keep crossing the lines.

Empower Fundation, The impact of anti trafficking policy and practice on Sex Worker’s human rights in Thailand

Avec les discours sur la traite des être humains, on se trouve dans une situation qui conjugue les paradoxes. Le premier d’entre eux réside dans l’inflation de dispositifs législatifs, policiers et d’aide sociale destinés à venir en aide aux victimes et à stopper les trafiquants. Si la communication entourant la mise en place de ces dispositifs qui alimentent les peurs liées à la traite est largement développée, les résultats concrets en termes d’arrestations de trafiquants ou de sauvetages de victimes sont beaucoup moins médiatisés. Combien de ces criminels sont arrêtés ? Combien de femmes sont arrachées à ces trafiquants ? Aucun résultat n’est officiellement dévoilé en France, où pourtant ces dispositifs ont été mis en place depuis le début des années 2000. Comment expliquer alors que les discours catastrophistes sur la traite et son ampleur perdurent alors que les données objectives n’existent pas ? Le second des paradoxes concerne l’écart entre le discours sur les victimes et la réalité décrite par les femmes migrantes. Les femmes arrivées depuis moins de 10 ans ont certes payé des intermédiaires au même titre que la majorité des migrant(e)s qui entrent dans l’espace Schengen. Mais ce qu’elles disent des violences aux- quelles elles sont confrontées ne ressemble pas à ce que d’autres en disent à leur place. Leur plus grande peur est celle de l’expulsion et ceux qu’elles redoutent sont tous ceux qu’elles voient comme les représentants de l’autorité officielle (policiers, agents des préfectures, travailleurs sociaux…), lesquels sont justement présentés comme étant là pour les sauver.
De la même manière, le juju est présenté par les experts de la traite comme une forme de magie noire utilisée à des fins d’assujettissement et créant ainsi une discontinuité radicale entre la situation vécue par les femmes africaines migrantes et l’expérience des Européen(ne)s. Or, au même titre que beaucoup de familles des classes populaires investissent à crédit dans l’attente d’une hypothétique ascension économique, les femmes migrantes s’endettent dans l’espoir d’une amélioration de leur situation. Les premiers cèdent à la croyance selon laquelle le crédit produit des richesses, les secondes souscrivent des dettes en espérant mieux gagner leur vie. D’un côté l’injonction à l’endettement est présentée comme légitime, de l’autre elle est décrite comme le résultat d’un ensorcellement. C’est là encore un paradoxe qui, pour peu qu’on y réfléchisse, pourrait révéler justement la continuité des contraintes d’une économie capitaliste mondialisée. Les véritables systèmes d’oppression sont-ils contenus dans le juju ou bien résident-ils dans les écarts de richesses entre les pays et entre les groupes sociaux ? Les écarts entre ce qui se dit des modalités de déplacement (la traite) et de la sorcellerie (comme une forme d’assujettissement total) et la réalité de la migration, dont les modalités sont diverses, nous conduisent à nous interroger sur les intérêts défendus par les gouvernements et les experts travaillant à leur service. Comme Gail Pheterson le suggère, la notion de traite des êtres humains peut alors être lue comme une catégorie d’analyse construite à des fins de lutte contre la mobilité des femmes et contre l’immigration vers les pays riches en général, ainsi que comme un outil justifiant les dispositifs de contrôle des corps, des frontières (géographiques et sociales) et des normes sexuelles et de genre (Pheterson, 2001).

Parallèlement au remboursement de leur dette, ces femmes permettent à leurs familles de se soigner, de poursuivre leurs études, notamment pour leurs frères, sœurs ou enfants, assurant ainsi une mobilité ascendante de la famille ; elles leur permettent également d’ouvrir des commerces ou de créer des entreprises. En deux ans, Aurore a permis à sa mère de monter une petite entreprise qui emploie deux personnes. Avant que ne s’impose à elle la nécessité de se marier afin de se protéger de l’expulsion, elle avait des projets d’investissements personnels. Mais son mariage et les conditions posées par son époux l’ont incitée à arrêter son travail. Si sa mère a pu créer une affaire grâce à elle, il n’est pas sûr pour le moment qu’Aurore puisse mener à bien les projets de retour et d’installation dans le commerce qu’elle élaborait alors qu’elle n’était pas mariée. Elle explique :

Avec l’argent que j’ai envoyé, ma mère a monté un commerce de vente de tissus et couture. Elle a deux employées. Elle a pu acheter une échoppe sur le marché couvert et des machines à coudre. Je lui ai envoyé l’argent pour investir dans de beaux stocks de tissus. Elle, maintenant, elle voyage. Elle part acheter les tissus en gros jusqu’au Bénin, et pendant son absence la boutique reste ouverte. Ça marche bien et je suis vraiment contente pour elle.

Ce que les femmes expriment c’est le souhait de gagner de l’argent pour rester indépendantes, de ne pas être expulsées hors de l’espace Schengen. Le récit de ces expériences montre que ce que l’on nomme habituellement la traite des êtres humains, en faisant allusion aux victimes d’une mafia internationale dans la continuité du mythe de la traite des blanches, est finalement plus proche de processus migratoires qui se complexifient (Chaumont, 2004). Soulignons à ce propos que depuis la promulgation de la LSI en 2003 il n’y a pas eu en France de procès pour trafic international d’êtres humains. Les migrantes ne sont en général pas des jeunes filles naïves, analphabètes, tout juste sorties du village. Nos travaux antérieurs montrent que plus de 60 % des femmes arrivées depuis la fin des années 1990 sont des citadines, qu’elles ont été scolarisées à plus de 80 % et que 8 % ont fréquenté l’université et 17 % le lycée (Guillemaut, 2004). Ces femmes expliquent que leur envie de migrer prime sur l’éventuelle répugnance au travail du sexe et que dans tous les cas elles ne veulent pas être rapatriées. Leur silence vis-à-vis du dispositif migratoire qu’elles ont utilisé se justifie plus par la loyauté que par la peur ou la menace. En effet, elles savent très bien qu’elles peuvent dénoncer leurs passeurs aux autorités européennes, mais elles savent aussi que si elles le font, elles perdent plus qu’elles ne gagnent : à la fois parce qu’elles perdent leur source de revenu, passent sous contrôle des autorités françaises (via les travailleurs sociaux) et risquent l’expulsion à plus ou moins long terme, mais aussi parce qu’elles perdent alors le soutien et l’estime de leur communauté en France et dans leur pays. Pourtant, si les passeurs et les intermédiaires peuvent être considérés comme des alliés, ce sont aussi ceux et celles qui parfois abusent de leur position. C’est d’ailleurs le plus souvent lorsqu’elles n’arrivent pas à négocier le paiement de leur dette dans des conditions à leurs yeux acceptables que les femmes ont recours à la dénonciation. Tant que le marché leur semble correct, elles respectent la règle du silence.

Pour trouver les bons contacts pour partir, les femmes mobilisent des réseaux d’interconnaissance dans leur pays d’origine. Parfois une partie de la famille peut être impliquée dans les préparatifs du départ, parfois, la femme prépare ce dernier dans le secret. Queen par exemple était une jeune femme comblée. Son père est directeur d’un établissement d’enseignement secondaire privé où elle donnait elle-même des cours puisqu’elle a suivi des études supérieures en lettres et art dramatique. Sa famille possède en outre des terres cultivées par des fermiers où son père projette de lui faire construire une maison. Mais Queen n’adhère pas aux projets que son père élabore pour elle. Elle rêve d’être réalisatrice de cinéma; elle part alors à Lagos où après quelques mois d’une vie trépidante elle réalise que le milieu de la production cinématographique est verrouillé par des cercles impénétrables. Elle décide alors de partir en Europe et se met en quête d’un intermédiaire pour faciliter son voyage. Elle le trouve et conclut un contrat oral avec lui. Elle travaillera pour lui en Europe dans l’industrie du divertissement. Queen ne pensait pas devoir travailler comme prostituée de rue en France, mais elle ne pouvait plus reculer et, surtout, elle voulait rester en Europe. Elle a accepté les conditions et a effectivement travaillé dans la prostitution de rue pendant trois ans. Elle a finalement rompu ses liens avec le passeur en faisant jouer le fait, vis-à-vis des associations d’aide et des autorités françaises, qu’elle était victime de trafic pour obtenir une autorisation de séjour. Elle a pu continuer à travailler dans la prostitution pour elle-même, mais après quelques semaines de prise en charge par les travailleurs sociaux, elle a dû arrêter parce que son titre de séjour risquait d’être compromis. Actuellement, elle est hébergée dans un dispositif d’aide sociale et reçoit 300 € par mois au titre de “l’allocation temporaire d’autonomie” prévue en 2006 dans le dispositif d’aide aux victimes du proxénétisme. Elle dit de cette expérience :
C’est dur, mais j’ai obtenu ce que je voulais : vivre en Europe. Main- tenant j’ai énormément de matière pour mes scénarios et je vais consacrer mon temps à l’écriture, si j’arrive à trouver un emploi pour survivre.

Françoise GUILLEMAUT, Sexe, juju et migrations. Regards anthropologiques sur les processus migratoires de femmes africaines en France