Archives de Tag: Mondialisation

Globalization a…

Globalization aims to give corporate capital total control over labor and natural resources. Thus it must expropriate workers from any means of subsistence that may enable them to resist a more intense exploitation. As such it cannot succeed except through a systematic attack on the material conditions of social reproduction and on the main subjects of this work, which in most countries are women.
Women are also victimized because they are guilty of the two main crimes which globalization is supposed to combat. They are the ones who, with their struggles, have contributed most to “valorizing” the labor of their children and communities, challenging the sexual hierarchies on which capitalism has thrived and forcing the nation state to expand investment in the reproduction of the workforce.3 They have also been the main supporters of a noncapitalist use of natural resources (lands, waters, forests) and subsistence-oriented agriculture, and therefore have stood in the way of both the full commercialization of “nature” and the destruction of the last remaining commons.4
This is why globalization in all its capitalist forms—structural adjustment, trade liberalization, low intensity warfare—is in essence a war against women, a war that is particularly devastating for women in the “Third World,” but undermines the livelihood and autonomy of proletarian women in every region of the world, including the “advanced” capitalist countries.

Silvia Federici, « Women, Globalization, and the International Women’s Movement » (2001) in  Revolution at point Zero : Housework Reproduction and Feminist Struggle, p. 86

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War has not onl…

War has not only been a consequence of economic change; it has also been a means to produce it. Two objectives stand out when we consider the prevailing patterns of war in Africa, and the way in which warfare intersects with globalization. First, war forces people off the land, i.e., it separates the producers from the means of production, a condition for the expansion of the global labor market. War also reclaims the land for capitalist use, boosting the production of cash crops and export- oriented agriculture. Particularly in Africa, where communal land tenure is still widespread, this has been a major goal of the World Bank, whose raison d’être as an institution has been the capitalization of agriculture. Thus, it is hard today to see millions of refugees or famine victims fleeing their localities without thinking of the satisfaction this must bring to World Bank officers as well as agribusiness companies, who surely see the hand of progress working through it.

Silvia Federici, « War, Globalization and Reproduction » (2000) in  Revolution at point Zero : Housework Reproduction and Feminist Struggle, p. 79

L’International Justice Mission (IJM), organisation chrétienne la plus influente contre la traite aux États-Unis (officiellement non partisane), qui emploie plus de quatre-vingts permanents à temps plein et inter- vient dans quatorze pays, bénéficie non seulement de l’appui de l’extrême droite, mais d’évangélistes renommés ‘de gauche’. Selon un employé de l’IJM, les salariés de l’organisation — qui, pour être embauchés, doivent certifier sur la foi qu’ils sont chré- tiens et qui consacrent les premières heures de leur journée de travail à la prière collective — ont même envisagé d’abandon- ner le terme ‘évangélique’ en raison de ses connotations troublantes avec l’aile droite. […]
L’IJM a été à la pointe des campagnes médiatiques récentes des évangélistes qui ont donné des lettres de noblesse à ce que l’on pourrait nommer l’‘humanitarisme guerrier’. Ce type de méthode est bien connu depuis la fin des années 1990, grâce aux sauvetages spectaculaires de femmes et d’enfants arrachés aux bordels du Sud-Est asiatique (actions souvent menées en partenariat avec des organes de presse tels que Dateline NBC, CNN et FOX News). Selon le schéma ‘rescue and restore’ (‘sauver et rétablir’) que l’organisation a fait breveter, ses em- ployés de sexe masculin se déguisent en clients pour enquêter dans les maisons closes, collaborant avec la police locale pour secourir les mineur·e·s et les occupant·e·s soi-disant retenu·e·s contre leur gré et les placer dans des centres de rééducation financés par l’État ou par des groupes religieux. Bien que ces opérations aient suscité plus d’une controverse (au Cambodge, des femmes se sont échappées par les fenêtres après avoir noué des draps pour rejoindre en courant les bordels de Phnom Penh dont elles avaient été ‘libérées’), le modèle d’infiltration, très médiatisé, que propose l’IJM a pris valeur de norme chez les évangélistes, et même pour certaines organisations féministes laïques (Soderlund 2005 ; Newsblaze 2007).
À noter que de nombreux évangélistes militant contre la traite et défendant la cause abolitionniste, non seulement affichent une vision du monde analogue à celle des chrétiens conser- vateurs sur la sexualité, mais vont carrément plus loin. Selon les termes d’un permanent convaincu de la réussite de l’opération de l’IJM qui a transformé Svay Pak (localité du Cambodge connue pour sa prostitution enfantine) en « ville touristique agréable » : « Notre véritable objectif est de sortir les gens de l’esclavage pour les rendre au marché libre ». Une opinion analogue anime les pratiques d’un nombre croissant de groupes humanitaires chrétiens qui orientent les anciennes prostituées vers des emplois de bas niveau dans l’économie des services et leur enseignent comment cuire des muffins pour Starbucks ou comment préparer des boissons et des mets de type occidental (Jewell 2007). De plus en plus d’évangélistes et de féministes laïques adhèrent à une telle conception : le trafic d’êtres humains n’est plus appréhendé sous l’angle de la dynamique globale de la mondialisation, de la division sexuelle du travail et de la migration (cadre de réflexion qui sous-tendait l’action de nombreuses ONG laïques dans les années 1990), mais comme une question humanitaire que les capitalistes mondiaux peuvent contribuer à résoudre (Baue 2006 ; Vital Voices Global Partnership 2007). Lors de la présentation à l’Université de Columbia d’une rescapée bien connue de la traite au Cambodge, Somali Mom, un représentant de Lexis Nexis qui l’accompa- gnait dissertait sur les vertus des ‘partenariats public-privé’ ainsi que sur les objectifs de son entreprise : former les anciennes victimes de la traite aux activités de coiffure et de couture ainsi qu’aux emplois manuels les moins qualifiés. Alors que les alter- mondialistes de l’ère précédente imputaient au capitalisme des conditions de travail industriel jugées inacceptables (Ross 1997 ; Klein 2002), les nouveaux ‘internationalistes’ évangé- liques et leurs partisans laïques considèrent ce type de procédés comme l’exemple même de la ‘liberté’ (Kristof 2004a, 2004b).

Bernstein Elizabeth et al., « Politique du sexe aux États-Unis : le poids des communautés religieuses », Cahiers du Genre, 2012/3 HS n° 3, p. 192-194. 

La mondialisation a déclenché une série de nouvelles privatisations de terres. Ces spoliations ont non seulement miné le principal mode de subsistance de quantité des populations rurales, mais elles ont également ébranlé le système de terres communales. Jusque dans les années 1980, dans une grande partie de l’Afrique, les relations fondées sur la propriété des terres s’organisaient toujours autour du principe de la terre communale. Ce principe est cependant menacé à cause des ajustements structurels, qui ont pavé la voie à une sorte de processus de recolonisation, en vertu duquel les entreprises étrangères ont désormais des droits, tels que ceux d’acquérir des actifs et de rapatrier des profits. […]
En fait, dès que vous commencez à analyser les chasses aux sorcières contemporaines, vous rencontre souvent des visages connus : ceux de la Banque mondiale, du FMI, des compagnies minières, des entreprises spécialisées dans les agrocarburants… Tous sont attirés par l’immense richesse du continent africain et tous jugent rentable de créer des situations dans lesquelles des villages sont déchirés par des conflits internes. Il existe beaucoup de preuves démontrant que, dans bon nombre de cas, les accusations de sorcellerie sont employées pour d’approprier des richesses que les accusés possèdent, ou bien pour mettre la main sur des terres partagées. Faisant référence aux chasses aux sorcières qui ont eu lieu en Zambie, l’historien Hugo Infelaar écrit que les accusations de sorcellerie sont particulièrement fréquentes dans les zones désignées pour des projets commerciaux (ranch, tourisme, etc.). Il a constaté que certains chefs de village tirent profit de la vente de terres communales à des investisseurs étrangers. Occuper et embrouiller les villageois avec des accusations de sorcellerie facilite les transactions.

« Accumulation primitive et chasses aux sorcières : histoire et actualité », interview de Silvia Federici par Anna Colin, in Sorcières : Pourchassées assumées puissantes queer, p. 47-48