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Goffman (1959) fait également remarquer que les individus ont tendance à confondre ce qu’ils voient d’une performance avec l’identité de la personne impliquée dans celle-ci. Ainsi, l’audience croit souvent que le caractère projeté appartient vraiment à la personne en train, pourtant, de ne personnifier qu’un rôle. Le fait que les travailleurs et travailleuses du sexe soient perçus comme « étant » leur rôle n’est donc pas lié à l’aspect sexuel de la performance. Toutefois, tout comme il est possible de se sentir aliéné dans un travail qui ne nous correspond pas, cela se produit aussi dans le travail du sexe lorsque la personne accepte de jouer un rôle trop différent de ce à quoi elle croit.
Arlie Russell Hochschild (citée in Chapkis, 1997) est l’auteure du concept de deep acting. Elle a étudié la commercialisation des émotions humaines chez les agent(e)s de bord afin d’en saisir le processus et les effets. Ceux-ci, comme toute autre personne travaillant avec le public, doivent manipuler leurs émotions afin de créer celles qui sont utiles sur le moment, en les ressentant effectivement. Ainsi, au travail, la préoccupation pour le bien-être des passagers est réellement ressentie, alors que dans d’autres situations, cette préoccupation pour ces mêmes personnes serait inexistante. Quelques agents de bord considèrent que seul le soi exprimé en dehors du travail constitue le vrai soi ; toutefois, la plupart considèrent que les deux soi sont tout aussi vrais et significatifs, chacun l’étant en fonction de la situation. Ainsi que l’écrit Chapkis (1997, 75-76, ma traduction) :

« Pour les travailleurs et travailleuses du sexe aussi, l’habileté d’évoquer et de contenir l’émotion dans la transaction commerciale peut être expérimentée en tant qu’outil utile dans le maintien d’une distance professionnelle plutôt qu’en tant que perte du soi. [… L]a performance de travail émotionnel ne peut être réduite à un « abus de sentiment » ; elle est expérimentée en des termes plus complexes contribuant à un sens d’un soi composite [multiply-positioned self]. […] Une fois que le sexe et l’émotion ont été délestés de leur relation présumée unique à la nature et au soi, il ne s’ensuit plus automatiquement que leur aliénation ou commodification soit simplement et nécessairement destructeur. »

C’est ainsi qu’il est possible, pour plusieurs travailleurs et travailleuses du sexe, d’accomplir une mise en scène ou un geste sexuel sans ressentir ni désir, ni dégoût, tout comme ce serait le cas de tout autre geste banal. Il s’agirait simplement d’accomplir une tâche sans mettre sa propre sexualité en jeu. Autrement dit de présenter un soi de travail, sans que cela ne nuise au fonctionnement de sa sexualité dans des contextes personnels, à travers lesquels il demeure possible d’exprimer un autre soi, plus personnel (Zatz, 1997).

COMTE Jacqueline, « Stigmatisation du travail du sexe et identité des travailleurs et travailleuses du sexe », Déviance et Société, 2010/3 Vol. 34, p. 439.

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Testimonies of sex workers who identify themselves as heterosexual also show ways in which the performance of sex work queers heterosexuality […] One interviewee, Monica, said that her work experience makes her less likely to put up with the hetero pickup scene : “When I go out to a club and some guy’s trying to pick me up, I look at him and think, Why should I even talk to you ? Why listen to your life story and what you do for a living ? I don’t care. You’re not even paying me.” Because she now gets paid to perform heterosexuality, that is to say, to play a role of sexual availability and feminine receptivity, she is less willing to play that role for free. She does not claim to have no sexual interest in men; rather, it is the institution of compulsory heterosexuality, whereby women must politely tolerate and respond to male sexual advances, to which she objects.

Eva Pendleton, “Love for Sale”, in Jill NAGLE, Whores and other feminists, Routledge, 1997, p. 76-77

The power of Hima B.’s film and the 10 Percent articles is in their juxtaposition of the subjects’ self-described “real” sexuality with their professional, or performed sexuality. The juxtaposition of paid “straight” sexuality with lesbianism actually illustrates that there is nothing straight about sex work. What these women are doing is performing heterosexuality as they perform a sexual service for money. They do not go straight, they play straight. I would like to argue that the sex work in these texts represents a performance of heterosexuality, regardless of the sexual self-identity of the performer. Its defining characteristic is the exchange of money for a sexual service, which is, I would argue, a queer act. Selling sex is quite outside of the normative codes of sexual conduct, whereby sex is privileged as something you do for love or, in a more liberal world view, for fun or, if it is in a Hollywood film like Pretty Woman or Indecent Proposal, for a whole lot of money.

Eva Pendleton, “Love for Sale”, in Jill NAGLE, Whores and other feminists, Routledge, 1997, p. 75-76