Archives de Tag: Race

Neoliberalism w…

Neoliberalism was constructed in and through cultural and identity politics and cannot be undone by a movement without constituencies and analyses that respond directly to that fact. Nor will it be possible to build a new social movement that might be strong, creative, and diverse enough to engage the work of reinventing global politics for the new millennium as long as cultural and identity issues are separated, analytically and organizationally, from the political economy in which they are embedded.
What the progressive-left must understand is this: Neoliberalism, a late twentieth-century incarnation of Liberalism, organizes material and political life in terms of race, gender, and sexuality as well as economic class and nationality, or ethnicity and religion. But the categories through which Liberalism (and thus also neoliberalism) classifies human activity and relationships actively obscure the connections among these organizing terms.

Lisa Duggan, The Twilight of Equality : Neoliberalism, Cultural Politics, and the Attack on Democracy, p. 3

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The most succes…

The most successful ruse of neoliberal dominance in both global and domestic affairs is the definition of economic policy as primarily a matter of neutral, technical expertise. This expertise is then presented as separate from politics and culture, and not properly subject to specifically political accountability or cultural critique. Opposition to material inequality is maligned as « class warfare, » while race, gender or sexual inequalities are dismissed as merely cultural, private, or triv- ial. This rhetorical separation of the economic from the political and cultural arenas disguises the upwardly redistributing goals of neoliberalism—its concerted efforts to concentrate power and resources in the hands of tiny elites. Once economics is understood as primarily a technical realm, the trickle-upward effects of neoliberal policies can be framed as due to performance rather than design, reflecting the greater merit of those reaping larger rewards.
But, despite their overt rhetoric of separation between economic policy on the one hand, and political and cultural life on the other, neoliberal politicians and policymakers have never actually separated these domains in practice. In the real world, class and racial hierarchies, gender and sexual institutions, religious and ethnic boundaries are the channels through which money, political power, cultural resources, and social organization flow. The economy cannot be transparently abstracted from the state or the family, from practices of racial apartheid, gender segmentation, or sexual regulation. The illusion that such categories of social life can be practically as well as analytically abstracted one from another descends from the conceptual universe of Anglo- European Liberalism, altered and adapted to the U.S. context during the early nineteenth century (see chapter 1). While reasserting this ideology of discrete spheres of social life, in practice contemporary neoliberal policies have been implemented in and through culture and politics, reinforcing or contesting relations of class, race, gender, sexuality, ethnicity, religion, or nationality. The specific issues, alliances and policies have shifted over time and across differing locales, but their overall impact has been the upward redistribution of resources and the reproduction of stark patterns of social inequality.

Lisa Duggan, The Twilight of Equality : Neoliberalism, Cultural Politics, and the Attack on Democracy, p. XIV

Les catégories de domestiques et de prostituées sont socialement construites, souvent implicitement, en tant que « races » et, par conséquent, exposées à des exclusions et à des violences à caractère racial. Nous renvoyons ici aux processus d’exploitation et de « racialisation » en tant que pratiques concrètes et représentations, qui, comme l’écrit Maurice Godelier (1984 : 198) pour la Grèce ancienne, « attachent une valeur positive ou négative à un individu ou à un groupe selon la tâche (matérielle ou symbo- lique) qu’il accomplit et lui confère un statut dans une hiérarchie sociale ». Les groupes ainsi circonscrits et « racialisés » ou « ethnicisés » ne constituent toutefois pas des groupes objectivement distincts : domestiques et employeurs partagent parfois la même origine ethnique, cependant les seconds construi- sent les premières en groupe différent et disqualifié9. Comme l’ont montré Véronique de Rudder, François Vourc’h et Christian Poiret (2000 : 155), l’ethnicité « ne repose pas sur un substrat aisément objectivable. Elle ne peut être saisie que dans l’interaction. […] Il n’y a pas d’abord des groupes ethniques, puis mise en relation, c’est tout au contraire cette relation qui est première, car c’est elle qui produit et modélise l’ethnicité ». Cela rejoint les propos de Pierre Bourdieu (1989 : 31-32) lorsqu’il écrit : « Le paysan devient “paysan”, au sens que l’injure citadine donne à cet adjectif. » Il relève « la logique du racisme qui s’observe aussi entre les classes » et qui fait que « le paysan est sans cesse obligé de compter dans sa pratique avec la représentation de lui-même que les citadins lui renvoient ; et il reconnaît encore dans les démentis qu’il lui oppose la dévaluation que le citadin lui fait subir ». Au XIXe siècle, il était dit des ouvriers qu’ils appartenaient à une autre « race ». La « race », indépendamment de la réalité qu’on lui attache, est d’abord la marque, le signe d’une différence et d’une infériorité radicalisées. Que cette différence se cristallise dans une marque biologique ou qu’elle soit d’ordre comportemental ou social, le processus de différenciation à l’œuvre est le même. « Le racisme est défini en ce qu’il s’applique à l’étranger, à l’étrange, l’autre, l’hétérogène, en opposition à l’homogène, l’habituel, le moi » (Guillaumin 1972 : 77).

MOUJOUD Nasima et POURETTE Dolorès, « « Traite » de femmes migrantes, domesticité et prostitution » À propos de migrations interne et externe,
Cahiers d’études africaines, 2005/3 n° 179-180, p. 1098-1099.

Lors du tristement célèbre “9e colloque de recherche féministe de Barnard College”, en 1982, qui vit s’affronter les féministes anti-porno et les pro-sexe radicales, il me semble que ce projet queer a démarré sur un front et qu’il est temps d’y réfléchir d’avantage, en partant cette fois des sexualités catégorisées selon la race et la classe. […] Dans une contribution qui figure elle aussi dans l’anthologie publiée à la suite du colloque de 1982, Amber Hollibaugh expose crûment le problème de classe inhérent à l’analyse féministe de la sexualité :

« Chaque fois que j’ai dit dans des groupes féministes que j’avais été danseuse de boîte de nuit, j’ai eu bien plus honte que quand j’en parlais dans le milieu popu où j’ai grandit. Les expressions féministes de surprise ou d’horreur recouvrent des tas de suppositions : il fallait que je sois stupide pour ne rien avoir trouvé de mieux; on m’avait sûrement forcée à faire ce travail, ou alors j’étais trop jeune pour me rendre compte; j’avais une conscience pré-féministe; je vivais l’enfer dans ma famille et je ne supportais plus; j’étais une trainée, la preuve; et en définitive, je devais être rudement contente d’avoir été sauvée, non ? (16)

Ce bref aperçu des implications de la “conscience” pour les corps marqués par la classe peut sans doute éclairer les complications raciales qu’il s’agit de débrouiller à l’intérieur du féminisme.

(16) : Amber Hollibaugh, “Desire for the future : radical hope in passion and pleasure”, rééd. in Vance, Carole S., Pleasure and Danger, op.cit., 404.

Laura Alexandra Harris : “Féminisme noir-queer : le principe de plaisir”, in Black feminism – Anthologie du féminisme africain-américain 1975-2000, p. 202-203 (traduit par Oristelle Bonis) 

Dans le cadre particulier de cet essai, il est également important de préciser qu’un des traits communs à ces modèles du féminisme fut de considérer le désir comme un choix plus politique que personnel. Ce qui, semble-t-il, fut d’abord une conséquence de la reconnaissance, au sein du féminisme majoritaire, du lesbianisme comme un choix politique avant d’être sexuel. Praxis confortée par l’importance alors accordée à une culture féminine alternative, aux valeurs de genre innées, censée réaliser l’égalité par l’élimination de cette construction “masculine” que serait le pouvoir. Au cours des années 1980, cette praxis s’est exacerbée en se focalisant sur la pratique sexuelle relativement à l’oppression de genre, à tel point qu’elle en a oublié, et/ou effacé la race et la classe. Pour les hétéros de milieu populaire comme ma mère, par exemple, baiser c’était connaître un des rares moments de pouvoir et de plaisir auxquels elles pouvaient participer. Le féminisme ne consistait pas pour elles à rejeter des valeurs prétendument masculines (la masculinité n’avait rien pour leur déplaire), mais à négocier une relation essentielle à leur volonté de s’affirmer [empowerment]. Dans le cas des femmes noires, la race obligeait à des négociations très compliquées avec la masculinité. Obnubilé par la purge qu’il avait lancée contre les identifications masculines, ce courant du féminisme n’a pas su voir que le plaisir peut aussi recouper et subvertir la dynamique de pouvoir du genre socialement construit, et il n’a rien compris au fonctionnement du racisme.

Laura Alexandra Harris : “Féminisme noir-queer : le principe de plaisir”, in Black feminism – Anthologie du féminisme africain-américain 1975-2000, p. 196-197 (traduit par Oristelle Bonis)