Archives de Tag: Résistance

Les femmes ne sont ni passives ni soumises. La misère, l’oppression, la domination, pour réelles qu’elles soient, ne suffisent pas à dire leur histoire. Elles sont présentes ici et ailleurs. Elles sont différentes. Elles s’affirment par d’autres mots, d’autres gestes. Dans la ville, dans l’usine même, elles ont d’autres pratiques quotidiennes, des formes concrètes de résistance – à la hiérarchie, à la discipline – qui déjouent la rationalité du pouvoir et directement greffées sur leur usage propre de l’espace et du temps. Elles tracent un chemin qu’il faudrait retrouver. Une histoire autre.

PERROT Michelle, « La femme populaire rebelle », WERNER Pascale, l’Histoire sans qualités. Essais, Paris, Galilée, 1979, p. 156

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Quant à la question « pourquoi le voile ? », elle peut me paraitre légitime ou illégitime, ou même franchement saoulante, suivant les contextes. Elle me saoule si c’est la première question qu’on me pose. Je peux envoyer boule la personne si sa curiosité me paraît malsaine – et même si ce n’est pas malsain, je réponds : ça ne vous apportera rien de le savoir. Parce que c’est une question tellement intime que je ne peux y répondre qu’aux gens qui me sont intimes. Et puis, ce qu’une majorité de gens n’a pas compris, c’est que cette question n’aura jamais deux fois la même réponse. Je pense en tout cas que le fait de le porter forge le caractère, ou inversement qu’il faut avoir un caractère fort pour le porter. Parce que c’est vraiment dur, et de plus en plus. Ce qui m’aide à tenir, c’est que j’emmerde tout le monde ! Je porte le voile par soumission à un Dieu – et cette soumission-là, je l’assume totalement – mais cela veut dire aussi que je ne suis soumise à personne d’autre. Même pas à mes parents : je les respecte, mais je ne leur suis pas soumise. Elle est là, ma force : je me donne à un Dieu, et ce Dieu me promet de me protéger et de me défendre. Alors ceux qui veulent me dicter ma conduite, je les emmerde. C’est pour ça que si j’ai un message à adresser aux filles voilées, c’est : on reste solidaires, on lâche pas l’affaire ! Quant à ceux qui nous montrent du doigt, le message que je leur adresse est simple : Fuck !

HANANE, “Isalmogauchiste et fière de l’être” dans “Isamahane Chouder, Malika Latrèche, Pierre Tevanian (dir), Les Filles Voilées parlent. Cité dans : Pierre TEVANIAN, La Haine de la religion, La Découverte, 2013, p. 45-46