Archives de Tag: Soumission

Quant à la question « pourquoi le voile ? », elle peut me paraitre légitime ou illégitime, ou même franchement saoulante, suivant les contextes. Elle me saoule si c’est la première question qu’on me pose. Je peux envoyer boule la personne si sa curiosité me paraît malsaine – et même si ce n’est pas malsain, je réponds : ça ne vous apportera rien de le savoir. Parce que c’est une question tellement intime que je ne peux y répondre qu’aux gens qui me sont intimes. Et puis, ce qu’une majorité de gens n’a pas compris, c’est que cette question n’aura jamais deux fois la même réponse. Je pense en tout cas que le fait de le porter forge le caractère, ou inversement qu’il faut avoir un caractère fort pour le porter. Parce que c’est vraiment dur, et de plus en plus. Ce qui m’aide à tenir, c’est que j’emmerde tout le monde ! Je porte le voile par soumission à un Dieu – et cette soumission-là, je l’assume totalement – mais cela veut dire aussi que je ne suis soumise à personne d’autre. Même pas à mes parents : je les respecte, mais je ne leur suis pas soumise. Elle est là, ma force : je me donne à un Dieu, et ce Dieu me promet de me protéger et de me défendre. Alors ceux qui veulent me dicter ma conduite, je les emmerde. C’est pour ça que si j’ai un message à adresser aux filles voilées, c’est : on reste solidaires, on lâche pas l’affaire ! Quant à ceux qui nous montrent du doigt, le message que je leur adresse est simple : Fuck !

HANANE, “Isalmogauchiste et fière de l’être” dans “Isamahane Chouder, Malika Latrèche, Pierre Tevanian (dir), Les Filles Voilées parlent. Cité dans : Pierre TEVANIAN, La Haine de la religion, La Découverte, 2013, p. 45-46

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Ici encore les débats sur le voile et/ou l’islam et/ou la religion sont stupides et régressifs : la conception du choix qui s’y développe est simpliste, de celles qu’une heure de cours de philosophie ou de sociologie – ou simplement une heure de réflexion – suffit en principe à écarter définitivement. En gros, comme une porte doit être ouverte ou fermée, l’individu serait soit libre, soit soumis. Il ne peut pas être un peu des deux : l’humanité se partage selon cette vision entre les hommes libres (à tous égards et définitivement) et les hommes soumis (tout aussi absolument et définitivement) – elle se partage plus précisément entre les “libres penseurs” d’un côté, miraculeusement libérés de tout déterminisme familial et social, de toute superstition et de tout préjugé depuis l’héroïque geste inaugural qui leur a fait “choisir l’athéisme”, et de l’autre la masse aliénée des religieux, forcément aussi crédules pace aux hommes qu’ils sont croyants face aux dieux, et forcément aussi serviles face aux pouvoirs humains qu’ils sont soumis à l’autorité divine.

Pierre TEVANIAN, La Haine de la religion, La Découverte, 2013, p. 43-44