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le pouvoir des femmes et la subversion sociale

le pouvoir des femmes et la subversion sociale

par Mariarosa Dalla Costa et Selma James

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the family can …

the family can be considered the capitalist form of relationships of reproduction between individuals

Leopoldina Fortunati, The Arcane of Reproduction : Housework, Prostitution, Labor and Capital; Autonomedia, 1996, p. 19

« La famille peut être considérée comme une forme capitaliste de relations de reproductions entre individus. »

Under capitalis…

Under capitalism, reproduction is made up of different sectors. The family and prostitution are the main sectors, the backbone of the entire process […] The second process however – the sexual reproduction of labor power – is a corollary and specific process of reproduction. Prostitution is corollary because its function must be to support and complement housework »

Leopoldina Fortunati, The Arcane of Reproduction : Housework, Prostitution, Labor and Capital; Autonomedia, 1996, p. 17-18

« Sous le capitalisme, la reproduction est constituée de différents secteurs. La famille et la prostitution sont les secteurs principaux, le pilier du procès complet […]. Le second procès cependant – la reproduction sexuelle de la force de travail – est un procès de reproduction corollaire et spécifique. La prostitution est corollaire parce que sa fonction doit être de soutenir et de compléter le travail domestique »

In other words,…

In other words, as in the neoliberal scheme, in Marx’s account too, all that is needed to (re)produce labor power is commodity production and the market. No other work intervenes to prepare the goods the workers consume or to restore physically and emotionally their capacity to work. No difference is made between commodity production and the production of the work- force.

Silvia Federici, « The Reproduction of Labor Power in the Global Economy and the Unfinished Feminist Revolution » (2008), in  Revolution at point Zero : Housework Reproduction and Feminist Struggle, p. 93

To this day the controversy continues and has in fact reached a stalemate, partly because both sides mostly base their arguments on the motivations and responsibilities of individual prostitutes, debating whether prostitution is a result of coercion or spontaneous choices. The global sex industry, however, is not the result of millions of individual choices; it is a highly structured intervention by corpora- tions (both legal and illegal) and international financial organizations. Thus, we cannot look at prostitution as presently organized as a set of individual transactions between prostitutes and their bosses or between prostitutes and their clients. It is this broader context in which pros- titution operates that decides the possibilities which sex workers have to gain more social power and the possibility for self-determination. From this viewpoint, sex-workers organizations are correct when they argue that prosti- tution is work; prohibition and criminalization can only worsens work conditions, making sex workers more vulner- able to police harassment and exposing them and indeed all migrants to the risk of deportation; commercial sexual work is not more violent or enslaving than many other jobs available in today’s global labour market. Indeed, the increased incidence of slavery and indentured servitude is not unique to prostitution and cannot be eliminated by criminalizing sex work any more than chattel slavery in the 19th could have been abolished by prohibiting cotton picking.
It is also true, however, that the decriminalization of the sex industry will not be sufficient to improve the status of sex-workers, as in a world of increasing competition for survival the market itself becomes an instrument of violence. Nevertheless the argument that prostitutes are workers is more relevant now than ever; since increasingly the exploitation and abuse they suffer is on a continuum with that of other workers – migrant or not – internation- ally. Coercion, in fact, has become a key aspect of work in the present phase of globalization, that is reminiscent in many ways of the period of “primitive accumulation” when an ex-lege proletariat was formed (Federici 2004). This implies that the situation of sex workers cannot be trans- formed by an exclusive focus on sexual domination and sexual slavery, and by differentiating sex workers from other workers, in the same way as we cannot address the question of reproductive work by focussing exclusively on care work. Precisely to the extent that sex work is often non-free labour, the sex worker is becoming the paradigm worker in the global economy, in the same way as under- paid, precarious, “informal” female labour is becoming the paradigm for all forms of exploitation. As in the ’70s, to- day as well, the question is whether this realization will become the ground for a recomposition among different sectors of the female work force. Indeed, sex work, like domestic and care work, poses one of the most significant challenge to the currently existing feminisms.

Camille BARBAGALLO et Silvia FEDERICI, “introduction”, The Commoner n.15, Winter 2012, Care Work and the Commons

 

Le fait que ce travail ait été pendant des siècles, et soit encore aujourd’hui, considéré comme un « non travail », qu’il a été accompli sans rémunération et considéré comme relevant naturellement du « travail des femmes », conjugué à ses liens avec l’histoire de l’esclavage, du colonialisme et de la migration, pèse lourdement sur le statut social qui lui est reconnu.
Mais si la condition des travailleuses domestiques demeure effroyablement précaire, les mouvements de travailleuses domestiques/du care se développent à travers le monde dans une mesure telle qu’ils constituent actuellement l’une des forces principales du féminisme international et de la lutte contre la dévalorisation du travail reproductif.
[…] Les femmes qui s’expriment viennent de différentes régions mais les problèmes qu’elles rencontrent sont fondamentalement identiques. Tout d’abord, la nature individualisée du travail de care / travail reproductif, et l’isolement dans lequel il est effectué, créent une situation chargée émotionnellement et potentiellement explosive qui, en particulier dans le cas où l’employée est logée chez son employeur, peut rapidement donner lieu à des abus. Il est également très difficile pour les travailleuses domestiques/du care de fixer des limites claires entre le travail et les relations personnelles puisqu’elles travaillent au domicile de leurs employeurs et que leurs tâches incluent de s’occuper des enfants et d’autres personnes. Prenez le cas où l’employeur – vraisemblablement une autre femme – rentre à la maison le soir et traite l’employée de maison qui loge chez elle comme une compagne de substitution, lui racontant ses problèmes professionnels, alors que l’employée pourrait souhaiter aller se coucher. Imaginez aussi ce que cela signifie d’exercer un travail qui vous demande de vous attacher aux enfants dont vous vous occupez sans avoir le pouvoir d’intervenir si leurs parents com- mettent des erreurs, et tout en sachant que votre relation avec ces enfants peut être rompue à tout moment. […]

Camille BARBAGALLO et Silvia FEDERICI, “Travail domestique, du care, du sexe et migrations dans le contexte de la restructuration néo-libérale : de la politisation du travail reproductif. In Genre, migrations et globa- lisation de la reproduction sociale. Cahiers genre et développement. N° 9. (Dir.) C. Verschuur et C. Catarino. 421-430. Paris : L’Harmattan.” p.  426

Cette nouvelle perspective féministe a réfuté les hypothèses courantes qui tiennent le travail domestique/de care pour un service personnel ou une forme de travail précapitaliste; elle a au contraire redéfini ce travail comme étant un aspect clé de la reproduction sociale dans la société capitaliste, et de la création de valeur. Le postulat qui pose le travail domestique comme un travail qui re/produit la main-d’œuvre a fait apparaître au grand jour l’immense quantité de travail non payé existant au cœur de la relation salariale et a eu un effet libérateur, en particulier pour les femmes. Révéler la fonction capitaliste de ce travail, montrer que le travail domestique nous reproduit, bien qu’il soit accompli en majeure partie dans des conditions que nous n’avons pas fixées, a permis de dissiper le sentiment de culpabilité que les femmes ont éprouvé si souvent quand elles ont voulu refuser ce travail.

Camille BARBAGALLO et Silvia FEDERICI, “Travail domestique, du care, du sexe et migrations dans le contexte de la restructuration néo-libérale : de la politisation du travail reproductif. In Genre, migrations et globa- lisation de la reproduction sociale. Cahiers genre et développement. N° 9. (Dir.) C. Verschuur et C. Catarino. 421-430. Paris : L’Harmattan.” p.  424