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L’important travail de Walkowitz (1980) sur la prostitution dans l’Angleterre victorienne a montré que la création d’une catégorie sociale permanente de femmes, les prostituées, en fait sa constitution en groupe de parias (“outcast group”), résulte de mesures politiques et législatives. Walkowitz montre que les jeunes filles des classes pauvres pouvaient avoir des relations prostitutionnelles pendant une certaine période, des relations d’union libre ou de concubinage ou bien encore de mariage pendant d’autres périodes. Ce sont les lois sur la répression des maladies vénériennes qui ont valu aux femmes des classes les plus pauvres qui se prostituaient durant des périodes relativement brèves de leur existence – deux à trois ans – d’être identifiées, fichées et contrôlées. Elles se retrouvèrent complètement isolées de leur milieu, de leur classe d’origine et, partant, plus vulnérables. La vente de leurs services sexuels, que jusque là ces femmes avaient en majorité gérée elles-mêmes, passa de plus en plus sous le contrôle des hommes et fit l’objet d’une exploitation. Ces lois (pour l’abrogation desquelles des luttes furent menées) eurent un effet patent et immédiat. Dans les deux décennies suivant leur entrée en vigueur, l’âge moyen des femmes identifiées comme prostituées augmenta considérablement : en particulier, le nombre de prostituées âgées de plus de trente ans se trouva multiplié par deux, voire par trois. Les femmes qui étaient entrées dans cette activité eurent dès lors de très graves difficultés à en sortir. De travail temporaire avant l’application des lois, la prostitution devint une condition, les femmes qui l’exerçaient une catégorie délimitée, définitive, ghettoïsée.

Paola TABET, La grande arnaque : Sexualité des femmes et échange économico-sexuel. L’Harmattan, 2004, p. 10-11. 

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